Tibet-Chine : à la croisée des notes




Le 5 avril dernier, la soliste chinoise Fiona Sze Lorrain et l’artiste tibétain Tshering Wangdu mêlaient pour la première fois les musiques traditionnelles du Tibet et de Chine devant un public conquis. Un événement musical porteur d’espoir.

Cithare chinoise d’un côté, tympanon, flûte et luth tibétains de l’autre. L’accord musical est rare. Au centre Mandapa, dans le XIIIe arrondissement de Paris, l’artiste tibétain Tshering Wangdu exhibe fièrement son habit traditionnel en s’avançant sur le devant de la scène. Ses grosses bottes de cuir noir claquent au rythme de sa voix et des cordes de son luth. En quelques minutes, l’auditoire est transporté sur les hauteurs du Tibet. Puis la soliste Fiona Sze Lorrain s’avance timidement à son tour. Et fait sonner son instrument de tradition chinoise.

Né à Kalimpong, en Inde, Tshering est Tibétain, même s’il n’a jamais mis les pieds sur la terre de ses ancêtres. Installé en France depuis huit ans, ce jeune père diffuse le répertoire tibétain avec la passion de l’exilé « triste », pour qui jouer, chanter et danser sont les seuls moyens de « garder le lien » avec sa propre culture. Fiona, elle, est une Chinoise de Singapour. Pour les spectateurs venus en nombre assister à leur premier concert, leur collaboration est un symbole.

Alors que la répression chinoise au Tibet s’intensifie, le dialogue musical qu’ils ébauchent a une forte résonance politique. « La flûte tibétaine et la cithare chinoise se marient très bien. On peut y voir comme une entente pacifique », note avec émotion une jeune femme de tendance bouddhiste. « Ils montrent que tout est possible » renchérit une femme venue à Paris pour manifester contre le passage de la flamme olympique dans la capitale.

C’est dans l’esprit de Fiona qu’a germé l’idée de ce dialogue musical. Mais pour elle, cette collaboration n’a rien de politique. C’est au contraire dans l’apolitisme que réside sa possibilité d’existence. Cette intellectuelle qui se décrit comme une « artiste transculturelle » refuse de concevoir son travail auprès de Tshering à travers le prisme des nationalités. « Je crois à l’identité sociale, mais pas à l’identité nationale » explique-t-elle calmement. Après une enfance passée entre Londres et Singapour, et des études supérieures poursuivies aux Etats-Unis, Fiona ne se considère pas comme une Chinoise. « Asiatique Américaine » est une appellation qu’elle préfère. Peu importe si elle donne corps à la culture chinoise à chaque fois qu’elle empoigne sa cithare, et si Tshering fait vibrer la tradition tibétaine lorsqu’il souffle dans sa flûte, elle veut concevoir leur musique comme une expression purement esthétique, dépourvue de caractéristiques culturelles. « Ce qui m’intéresse c’est la musicalité, ce n’est pas la dimension culturelle ou linguistique de l’instrument ». Un seul mot d’ordre : garder l’esprit ouvert, pour être en mesure de créer un produit musical qui ne soit ni chinois ni tibétain, mais bien « quelque chose de nouveau ».

Aujourd’hui, Fiona a un espoir, que ce genre de collaboration amène les gens à réfléchir et à se poser la question suivante : « Pourquoi des choses qui s’accomplissent dans la sphère artistique ne peuvent-elles pas s’accomplir au niveau de la société? ». Sa collaboration musicale avec Tshering est « une forme d’engagement social ». Pour éveiller les consciences sur « l’existence d’une possibilité d’esthétique qui fait dialoguer les instruments tibétains et chinois ». Si la formule est prudente, c’est que la création est encore balbutiante. Mais elle s’appuie sur une longue tradition historique.

La fusion entre les harmonies chinoises et tibétaines est loin d’être nouvelle. Sous la dynastie mandchoue des Qing, alors que le Tibet est un protectorat chinois, le mariage des musiques folkloriques des deux contrées voisines est monnaie courante. Pour Fiona, il s’agit donc de « réactualiser cette possibilité de mélange » que l’histoire a fait oublier.

Malgré ce précédent historique, l’entreprise est ardue, et la collaboration sino-tibétaine à laquelle Fiona et Tshering se prêtent, fragile. Sur scène, les instruments cohabitent sans vraiment dialoguer. Les deux musiciens se croisent sans s’entrecroiser. Ils se succèdent pour interpréter des solos. Ce n’est que dix minutes avant la fin de la représentation qu’ils se retrouvent finalement l’un à côté de l’autre pour mêler du bout des ongles leurs traditions. Pour deux morceaux seulement.

Leurs yeux s’illuminent lorsqu’ils décrivent cette création « librement musicale », « magnifique », « géniale ». Pourtant, elle reste un croquis aux traits incertains. Par manque de temps et de répétitions sans doute. Mais aussi parce que la sensibilité nationale de Tshering les empêche de pousser l’expérience plus loin. « Quand Fiona joue avec sa cithare, je ressens une force chinoise, et même quand elle interprète des morceaux tibétains, ça sonne chinois » raconte-t-il avec quelque gêne. Parce que sa culture est en péril, Tshering ne peut mêler ses notes à celle de la cithare de Fiona sans craindre une forme de domination sonore d’un instrument sur l’autre. Quand il joue, c’est avant tout pour sensibiliser les occidentaux à la culture tibétaine, pour préserver un héritage en danger. « La musique tibétaine n’en est pas au point où elle peut être décontextualisée et dissociée de sa culture » explique sa femme Rachel. Si Fiona rêve d’une collaboration simple, dénuée de toute couleur culturelle, pour le Tibétain en exil, l’art est inévitablement entaché de politique.

C’est par intérêt musical pour une tradition qu’il « ne connaissait pas » que Tshering Wangdu a accepté l’idée d’une collaboration musicale avec Fiona Sze Lorrain en décembre dernier. Mais c’est aussi et surtout parce que Fiona s’est explicitement présenté à lui comme une personne « anti-gouvernement chinois ». Car malgré son ouverture à la tradition musicale chinoise, difficile pour lui d’oublier que tous les conservatoires du Tibet sont aujourd’hui gérés par des Chinois. Difficile de faire abstraction de la sinisation progressive de la musique tibétaine. Il le reconnaît, l’entreprise ne saurait faire des émules : « Avec une Chinoise de Chine, je n’aurais pas accepté de faire une telle collaboration ». Malgré tout, les deux musiciens envisagent de se produire à nouveau en concert à Paris, et explorent actuellement des répertoires différents. Ils continuent, à leur mesure, à faire dialoguer les esthétiques tibétaine et chinoise.

L’éducation “sur un plateau”

Article écrit avec Cécile Dehesdin, camarade de promo et future camarade de stage au Monde.fr

À l’école Montessori, pas d’enseignants mais des guides.

Une vingtaine d’enfants de 3 à 6 ans se balade dans la salle de classe de l’école Montessori du XVIe arrondissement de Paris. Tous transportent leurs « travaux », de petits plateaux où sont disposées des activités diverses qu’ils sont libres de choisir, depuis les étagères aux petites tables éparpillées.

Des activités de vie pratique, des travaux d’écriture ou de mathématiques : ici, tout passe par les cinq sens, et plus particulièrement le toucher. Lors de l’apprentissage de la lecture ou de l’écriture, les enfants se servent d’un “alphabet mobile”. Ils manipulent les lettres pour former des mots qu’ils connaissent, sans être bloqué par la difficulté motrice de les écrire.

Salle de classe Montessori

« Le but de Montessori c’est que l’enfant évolue à son rythme », et non pas à celui qu’on pourrait attendre de lui vu son âge, explique Laurent Lévy, directeur de l’école. Ainsi pendant la même matinée, Maxime passera de « travail” en « travail », alors que Thibault restera presque une heure sur un travail de vie pratique: presser son propre jus d’orange.

« Mais dans un quartier argenté, [comme le 16ème, les parents ont] certaines attentes, notamment en lecture et écriture ». À son arrivée à la tête de l’école, Laurent Lévy avoue s’être laissé influencer, en répondant plus au rythme des parents qu’à celui de leurs enfants. Une position de compromis qu’il a finalement abandonnée : “Un parent qui n’est pas être d’accord avec notre pédagogie n’a qu’à quitter l’école ».

Aider l’enfant à grandir

Comme il l’explique, la notion d’“aider à grandir » est au coeur de l’éducation Montessori. Ici, les adultes ne sont pas des « enseignants » mais des « éducateurs », des « guides ». Alors que l’enseignant est « quelqu’un qui montre quelque chose », l’éducateur-guide « essaie de fabriquer une ambiance dans laquelle l’enfant va s’épanouir, dans l’idée de rendre l’enfant autonome, indépendant. »

D’où l’organisation de la salle de classe, où tout est à hauteur d’enfant : les « travaux », les ciseaux, etc. La pédagogie, inventée par Maria Montessori au début du XXe siècle, repose sur une observation individualisée de l’enfant. L’éducateur peut alors le guider vers l’activité qui correspond à son développement personnel. Sans jamais le forcer. « Il arrive que pour la fête des pères et des mères, certains enfants ne ramènent rien du tout » raconte Laurent, dans un sourire.

Si certaines écoles Montessori scolarisent les enfants jusqu’au collège, voire au lycée, celle de Laurent s’arrête à 6 ans, juste avant l’entrée en primaire dans une école « classique ».

Cette forme d’éducation reste très méconnue en France. Malgré la multiplication des écoles estampillées Montessori, la plupart des enfants qui s’assoient sur leurs bancs sont des anglo-saxons, adeptes du modèle dans leur pays d’origine.

C’est après la naissance de sa deuxième fille, aveugle d’un oeil, que Laurent Lévy s’est tourné vers les méthodes d’éducation alternatives. Le jeune papa entame alors un cursus en psychothérapie, et écrit un mémoire sur le système Montessori. Convaincu, il décide d’« appliqu[er] à la maison la philosophie Montessori dans la façon d’aider à grandir [s]es enfants ».

Laurent Levy, directeur.

“Montessori, ça reste un cocon”

Madame Lormand a mis ses cinq enfants dans l’école dirigée par Laurent. De 6000 à 8000 euros par an pour un enfant, c’est un investissement financier de taille auquel elle préfère ne pas penser, mais qu’elle ne regrette pas une seconde. « Montessori offre une enfance merveilleuse, des souvenirs super ». Joie de vivre, respect des autres, amour du travail bien fait, cette musicienne ne mâche pas ses mots lorsqu’elle évoque les bienfaits de cette forme d’éducation. « Ils sont éveillés, très éveillés, curieux de tout », s’emballe-t-elle.

Même enthousiasme chez Patrick Bellaïch, dont deux des cinq enfants ont intégré une école Montessori. Cet éditeur de livres médicaux estime que les anciens élèves de Montessori sont « des gens très brillants et un peu farfelus, qui ne s’arrêtent jamais de bouger, de réfléchir». Pour preuve, la réussite de certains de ses auteurs, qui ont été scolarisés dans des écoles de ce type. Pourtant, d’après lui, Montessori reste une méthode d’éducation “alternative”. Un second choix réservé aux enfants « atypiques, qui ne rentrent pas dans le moule », comme sa fille de sept ans, en grande difficulté dans le milieu scolaire traditionnel. « Avec ma fille j’étais convoquée [chez la directrice] quasiment toutes les semaines pour des questions de comportement » raconte Frédérique Bellaïch. « La maîtresse disait qu’elle était trop éveillée, bête, débile… En fait elle s’ennuyait dans les classes traditionnelles ».

Si ces parents sont aujourd’hui très satisfaits de ce système, qui a “fait aimer l’école” à leur fille, ils ne sont pas pour autant de véritables convertis. Le couple ne se prononce d’ailleurs pas sur l’école dans laquelle il choisira de scolariser ses deux derniers enfants. « Nous allons attendre, le milieu traditionnel est très bien, ça dépend de la maîtresse sur laquelle vous tombez » explique Frédérique Bellaïch. Avant d’ajouter : « Je n’ai jamais fait Montessori, mon mari non plus, et je ne pense pas qu’on s’en soit mal sorti ».

En raison de son prix élevé, le système Montessori est encore largement réservé aux classes moyennes supérieures. “Un cocon” selon Frédérique Bellaïch. Pourtant, Laurent Lévy en est persuadé, la pédagogie se propage au-delà des seules écoles reconnues Montessori : « Beaucoup d’enseignants en maternelle s’en inspirent». Mais de là à adopter la méthode au sein de l’Education Nationale, l’écart est grand. Aujourd’hui, seules deux écoles agréées Montessori sont sous contrat avec l’Education Nationale. La généralisation du travail “râper du fromage” ou “casser des noix” en école maternelle n’est donc pas pour demain.

Ils ont fait Montessori…

Georges Clooney
George Clooney
Actif et sans relâche, George Clooney n’a pas arrêté d’enchaîner les « travaux » depuis son enfance dans une école Montessori. De quoi lui donner la bougeotte et l’envie d’être aussi réalisateur, producteur et scénariste, sans oublier son engagement humanitaire et ses prises de position politiques. What else?

Brin et Page
Sergey Brin et Larry Page
« C’est en allant dans une école Montessori que nous avons appris à être autonomes et à devenir nos propres déclencheurs » ont déclaré les fondateurs de Google.com lors d’une interview sur ABC en 2004. Montessori nous a permis « d’apprendre à penser par nous-même, et nous a donné la liberté de poursuivre nos centres d’intérêts ». Au sein même de Google, Page et Brin s’inspirent de la philosophie Montessori, affirmant : « C’est ce qui nous permet de continuer à innover ».

Wright
Will Wright
“Montessori m’a appris la joie de la découverte”. Le concepteur des jeux vidéos SimCity et Les Sims n’en doute pas une seule seconde : sa curiosité et sa créativité sont le fruit de son éducation Montessori. “SimCity est sorti tout droit de Montessori” explique-t-il ainsi sans détour. Et le lien entre ce jeu vidéo et le système Montessori est vite désigné : la liberté d’action. Dans SimCity comme à l’école, personne pour vous dire quoi faire. C’est au joueur et à lui seul de construire sa propre cité.

Hundertwasser
Friedensreich Hundertwasser
Peintre, architecte et trublion de l’urbanisme écologique, Friedensreich Hundertwasser est un digne héritier de Montessori. Dans ses toiles comme dans ses constructions, un seul mot d’ordre : le refus de la conformité. Il déclare par exemple que la ligne droite, chère à l’architecture classique, est son ennemie, et réalise ses projets architecturaux dans un style fantaisiste débarrassé de toute règle.

« International rankings of universities do not tell you anything about the quality of education»

Richard YellandOn the 11th and 12th of January 2008, OECD Education Ministers met in Tokyo to discuss the possibility of an OECD-led international assessment of higher education quality. Richard Yelland, head of the Education Management and Infrastructure Division at the OECD attended this informal ministerial meeting. He comments on the necessity and feasibility of such a project.

Many international assessments of higher education already exist. Why then should the OECD produce one?

The most well known international assessment is the Shanghai ranking of the world’s 500 best universities. This classification made a great impression in France when it first came out in 2004. Indeed, France’s first university in the ranking appeared at the 65th place, a fact that was largely commented in national newspapers. But the problem with this ranking, as well as other international assessments, is that it does not tell you anything about the quality of education. It is a ranking about research, taking into account major awards such as Nobel prizes, the number of articles published, citations, etc. What it really measures is therefore the impact of universities’ scientific output and not the quality of teaching and learning. Some people understand that, but others will just look at the ranking and think that if a university is badly ranked, it means that its teaching is not good. Sciences-Po for instance is a very good university, but it wouldn’t appear high in such a ranking. Our strong feeling at the OECD is that we need to evaluate rather better what universities do.

And how concretely would you do that?

What we presented at the Tokyo meeting is a proposed study to make an international evaluation of higher education learning, inspired to some extent by the PISA project . The distinguishing feature of PISA is that it actually takes a sample of students from each country involved (in the case of PISA, 15 year-old-secondary school students), and sits them down to take a written test covering mathematics, science, and literacy. These tests are then marked and comparative results between countries are produced. What PISA does is that it produces comparable information between countries of what secondary school students know and can do. And our idea is that we might be able to do the same thing with higher education.

Is it really feasible?

The feasibility of such a study is not obvious, because higher education is more complicated. Indeed, in higher education there are different degrees of selectivity in the system, and both a selection of students and by students of what they are going to study. How can you possibly compare journalism with engineering? There is a matter of age as well. Most Australians have completed their first degree by the age of 22, whereas most Swiss won’t start until they are 22. Is it actually possible to devise instruments where university students in different countries can sit down, answer a set of questions, and produce results that can be graded and compared? That is not certain. On a practical sense, feasibility of such a study is not a given either. To get any meaningful information, you need to have students spending two hours on this, which is not negligible. How do you motivate students to take part in a study towards the end of their bachelor degree? And how do you motivate institutions to go to the effort of getting a sample of students and organising it? Feasibility is all but certain, but we think it’s worth trying.

You recently made recommendations to the Attali commission about France’s educational system…

Our recommendations concerned both school and university levels. On the school side, we suggested more individualization of learning, notably through making the formal program lighter. France is the world champion of grade repeating. By the time students get to 15, more than one in three repeated a year. In the French system, if you’re really good you can skip a grade, but if you don’t keep up, you will repeat it. And there is not much in between. It is something that just wouldn’t happen in other countries. The explanation for that is that French approach to school does not take enough account of the individual needs of pupils. In France, it is a question of fitting the pupils into the program rather than the other way around. We therefore recommended more flexibility in the educational approach. When it gets to university level, it appears that France spends very little money on its higher education system. Its expenditures are below the OECD average. Curiously, France is the only country where there is less money spent on a university student than on a secondary school student. No other country is split between selective well-resourced Grandes Ecoles on the one hand and non-selective poorly resourced universities on the other hand. And this system creates many problems. To name a few, France has a very high dropout rate, and experiences consistent mismatches between the job market and education. We therefore called for a rebalancing of spending between Grandes Ecoles and universities, to the benefit of the latter.

Network

Affiche du Film
Written by: Paddy Chayefsky
Directed by: Sidney Lumet

Mad, hysterical, despicable, totally unrealistic and yet astute. Trying to qualify Network in a nutshell is a hard endeavor. The difficulty is to reflect with soundness its ambiguities. How can one possibly explain that this movie is at the same time fascinating and exasperating? How can one possibly decipher the fact that Network is at some points excruciating to watch, very often lousily shot, undoubtedly too long a movie, and yet remains a must see? Well, in fact, it might be as simple as that: because it outrageously distorts the perceived reality of the television industry, this satire efficiently brings its viewers to some sort of objective reality about it.

With this incongruous and exaggerated lampoon of the television industry, the script-writer Paddy Chayefsky leaves the viewer with both an acrid taste in his mouth, and an interesting idea of the gears that could lead television to run amok. A very pessimistic idea obviously. To be sure, there is no way one would switch on his TV set after watching this movie, for television is depicted in it as a lawless economic machine in avid pursuit of good ratings.

After 15 years serving as the UBS network star anchorman, Howard Beale, “the mandarin of television”, is fired because of poor ratings. Having nothing in his life but his career, he then resolves to commit suicide on air, and publicly declares his deadly intention. The producers therefore decide to immediately throw him out of the network, afraid that this “grotesque incident” might have a negative impact on the network’s share of audience. They nevertheless let him come back on air for a respectable farewell. But instead of apologizing for his vulgar attitude, Howard Beale starts babbling about the “bullshit” of life. And directly following his rant, the ratings of his show soar. The producers hence bring him back as a commentator. This is the start of a dizzy fall of ethics at the network. This is the start of “the story of Howard Beale, the man killed because he had lousy ratings”.

In this movie, Diana Christensen, the attractive and careerist woman in charge of programming well incarnates the economically driven world of television. “I want angry shows”, she says without any shame, whether it is authentic footage of terrorist attacks or the delirium of a man who “articulate(s) th(e) rage (of the Americans) for them”. If good ratings impose brainwashing or propaganda of some sort, it is no problem for Diana. There is no doubt her character is way too caricatured. However, her position reflects a trend that has become prominent in the TV industry. “TV (indeed) is show biz”, and her obsession with audience is far from being a fantasy of the screenwriter. Even news is now polluted by the need to meet a certain reach. “Television is not the truth… Television is a circus, a carnival, a traveling troupe of acrobats, storytellers, dancers, singers, jugglers, sideshow freaks, lion tamers, and football players. We’re in the boredom-killing business », rightly asserts Beale in an impulse of lucidity.

In this film, the depiction of TV as THE mass medium par excellence is oh-so-relevant. There is nothing better for preaching the gospel than somebody prime time on television, as the many and tangled characters of Network have well understood. Why is Howard Beale, the « mad Prophet of the Airwaves » so important? Precisely because he’s on air, and by being on air, he can draw millions of people to get to their windows and shout : “I’m as mad as hell, and I’m not going to take this anymore”.

Some people would describe Network as a dark comedy. I wouldn’t. Network certainly has some amusing moments. However, if it had to be qualified, appalling would be the right adjective. It indeed forces its viewers to face a troublesome reality : even in its most grotesque scenes, Network is, somehow, a pretty exact and bewildering reflection of the television industry.

Maroc : lost in transition

« Le Maroc est un pays en transition démocratique». Quiconque s’est déjà rendu dans le royaume chérifien a forcément entendu ce constat à la fois fier et appelant à une certaine clémence. D’où l’usage, par les médias, d’un prisme d’analyse « transitionnel » pour traiter des affaires politiques, économiques ou sociales du Maroc. Mais tout juste qu’il soit, ce prisme d’étude ne devrait pas cacher la réalité d’un régime dont la transformation semble en butte à des obstacles à la fois institutionnels et sociétaux.

Dès les années 1990, Hassan II fait preuve d’un infléchissement dans l’exercice de son pouvoir, mettant fin aux tristement célèbres « années de plomb », marquées par l’éradication systématique de toutes les forces d’opposition à la monarchie. La question des droits de l’homme émerge sur la scène politique. Un Comité Consultatif des Droits de l’Homme voit le jour en 1990. Puis un Ministère des Droits de l’Homme en 1993. Et en 1996, les droits de l’homme sont inscrits au préambule de la Constitution. Entre autres.

Avec l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI, ou peut-être plus exactement avec la mort d’Hassan II, les choses s’accélèrent. C’est la fin d’une ère. La « mort du père » prend ici tout son sens. « Avec la mort d’Hassan II, un verrou psychologique a sauté », explique Ahmed Benchemsi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire en langue française Tel Quel. Un mois avant son décès, il préparait ses valises pour émigrer aux Etats-Unis. Le voilà à la tête de l’un des journaux les plus connus au Maroc pour sa liberté de ton. La société civile, libérée, se mobilise, et fait pression sur la royauté pour qu’un processus de reconnaissance des « années de plomb » soit entamé. Des pèlerinages et sit-in sur les lieux de détention sont organisés. Le nouveau Roi lance alors un travail de mémoire jamais expérimenté dans le monde arabo-musulman. Le pas est définitivement franchi le 7 janvier 2004, avec la création de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) dont Mohammed VI déclare qu’elle est le « dernier jalon d’un parcours devant conduire à la clôture définitive d’un dossier épineux ». Cette commission de réconciliation a pour mandat d’établir la vérité sur les violations graves des droits de l’Homme et de proposer des moyens de compensation sociale des victimes, ainsi que des réformes susceptibles d’empêcher la répétition de telles violations. Des auditions de victimes sont organisées, et diffusées avec succès dans le royaume. Voilà bel et bien un Maroc en transition.

Mais l’analyse est incomplète. Le processus de réconciliation, impressionnant sur le papier, a une autre réalité sur le terrain. Pour certains analystes, il est en lui-même l’expression d’un nouvel autoritarisme. En effet, l’histoire mémorielle du Maroc est reconstituée à partir des seules victimes, stratégiquement placées au centre du processus, pour mieux dissimuler leurs tortionnaires, dont elles n’ont pas le droit de divulguer les noms, et qui sont gracieusement amnistiés par la monarchie. Hosni Benslimane, tortionnaire connu de tous, est aujourd’hui encore patron de la gendarmerie marocaine. Et il n’est qu’un exemple parmi d’autres. Derrière cette limite, c’est le maintien de la monarchie marocaine qui est en jeu. « La monarchie marocaine est très stable. Après le Japon, c’est le système politique le plus vieux de la planète » explique Benchemsi. La peur de la déstabiliser est donc plus forte que tout, empêchant une véritable rupture institutionnelle avec le passé. « L’article 19 de la Constitution stipule que la seule institution habilitée à limiter les pouvoirs du Roi est la royauté elle-même ». Une donnée qui laisse perplexe.

Et au niveau sociétal, le ministre de la communication Khalid Naciri le reconnaît lui-même : « Ceux qui sont chargés d’enseigner les droits de l’homme bien souvent ne sont pas pétris de cette culture». La difficulté d’application de la Moudawana, ce nouveau code de la famille qui devait, avec son instauration en 2003, révolutionner les rapports homme – femme témoigne du conservatisme de la société marocaine. Tout comme le « procès des blagues » dont a été victime le magazine Nichane en 2006 suite à sa publication d’un dossier sociologique de 10 pages sur les blagues marocaines, religieuses comme politiques. « Moi je voulais juste raconter des blagues, et on m’a prise au sérieux » raconte ironiquement Sanaa Elaji, journaliste auteur de ce dossier, qui lui a valu 3 ans de prison avec sursis. Ce n’est que 12 jours après sa parution, en réponse aux vives condamnations qui émanent de la société civile que la royauté se « sent obligée » de lancer des poursuites. C’est alors de la société, et non du système que vient la censure.

Certains parlent d’un pays en état de « post-adolescence » pour décrire la réalité marocaine. En tout cas une chose est sûre, ses dynamiques sont complexes ; sa transition, un « dilemme », tant socialement qu’institutionnellement.

Vers un rapprochement des frères ennemis d’Amérique Latine

Le contentieux frontalier séculaire qui oppose la Bolivie et le Chili a des airs de nœud gordien. Sa complexité se manifeste par des allers-retours diplomatiques des plus opaques. En juillet 2007, le consul bolivien au Chili est révoqué pour avoir laissé entendre que la Bolivie est « proche de la mer ». Pourtant, un mois plus tard, le ministre bolivien des Affaires Etrangères David Choquehuanca déclare que « la Bolivie se trouve plus près que jamais d’atteindre son aspiration de retour aux côtes de l’Océan Pacifique ». Et en janvier 2008, le vice-chancelier bolivien Hugo Fernandez évoque la possibilité pour la Bolivie de porter sa revendication historique d’ « accès à la mer » devant la Cour Internationale de justice de La Haye. De quoi perdre ses repères. Si repères il y a.

Car les relations entre les deux pays ont toujours été hoquetantes. Ou presque. C’est depuis la Guerre du Pacifique, conflit de nature fiscale qui opposa la Bolivie et le Pérou au Chili de 1879 à 1884, que le bât blesse entre les deux nations. Le traité de paix de 1904 prive en effet la Bolivie d’un territoire de quelque 120.000 km2 doté d’une fenêtre de 400 Km de long sur le littoral. Une perte « à perpétuité » qui fait de ce petit pays andin le seul Etat enclavé d’Amérique Latine, avec le Paraguay. Et qui conduit certains observateurs, à l’instar du géographe espagnol Alagrida (1919), à considérer la Bolivie comme une « absurdité géographique ».

Depuis, la question de la « méditerranéité » bolivienne revient sans cesse dans les discours de politique extérieure boliviens. Une politique extérieure souvent hasardeuse dont la revendication maritime est d’ailleurs la seule constante. « La mer nous appartient de droit, la récupérer est un devoir ». Une phrase aux accents guerriers qui comme le raconte l’anthropologue vénézuélienne Elizabeth Burgos, habille toutes les casernes du pays, ainsi que les papiers en tête officiels.
Pourtant, la Bolivie n’est pas véritablement enclavée. Elle jouit d’un accès à la mer à travers les ports chiliens d’Arica et d’Antofagasta, et ce depuis 1904. Mais si les Boliviens peuvent atteindre l’océan Pacifique via un corridor, c’est un accès souverain qui leur fait défaut. D’où une revendication hautement symbolique. Celle de pouvoir planter leur drapeau. Et sur ce point sensible, Bolivie comme Chili sont prisonniers de leur opinion publique. Pour les Chiliens, la rétrocession d’une souveraineté sur la côte à la Bolivie est impensable, car elle couperait leur territoire en deux. Et pour les Boliviens, la récupération de cette souveraineté est indispensable pour pouvoir enfin rattraper leur retard économique, en développant un commerce maritime qui échappe aux aléas de la politique chilienne (hausse des taxes, privatisation des ports…). Depuis 1978 et les échecs successifs des négociations bilatérales sur la question d’accès à la mer, les relations diplomatiques entre les deux pays sont donc rompues.

Dans un pays très fragmenté politiquement comme la Bolivie, la revendication maritime, expression d’un patriotisme blessé, est un unificateur efficace. La guerre du gaz et la chute du président Gonzalo Sanchez de Lozada en octobre 2003 en est le plus parfait exemple. Suite aux pressions populaires, il est contraint de démissionner. Sa faute ? Avoir voulu développer les exportations de gaz bolivien vers le Mexique et les Etats-Unis via le Chili.

Pourtant, la question maritime semble avoir pris un tour plus pragmatique depuis quelques années. Car la Bolivie et le Chili ont besoin l’un de l’autre. Le Chili a besoin du gaz et du pétrole boliviens, et la Bolivie a besoin de passer par le territoire chilien pour exporter ses ressources énergétiques, notamment vers les pays d’Asie. L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales en Bolivie, et de Michelle Bachelet au Chili en 2006, marque une reprise de contact formelle entre les deux pays. Pour la Bolivie, il s’agit d’acquérir un rôle commercial de premier ordre en Amérique Latine. Et pour le Chili, il s’agit de favoriser un climat de confiance avec ses voisins pour mieux s’intégrer régionalement. La normalisation des relations entre les deux pays se concrétise en juillet 2006, avec la signature d’un agenda bilatéral en 12 points. Agenda dans lequel le thème maritime figure explicitement. M. Bachelet y envisage l’amélioration des termes d’accès bolivien à la mer, et E. Morales l’exportation de gaz vers le Chili.

Il faut dire que pour la Bolivie, il ne s’agit pas seulement de pragmatisme, mais bel et bien d’un impératif politique. De ce pragmatisme au niveau international dépend en effet la validité du discours révolutionnaire d’E. Morales au niveau national. Comme le rappelle judicieusement Laurent Lacroix, spécialiste de la Bolivie et chercheur à l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID) à Genève, « la construction révolutionnaire de Chavez au Venezuela se fait sur la rente pétrolière ». Et le modèle bolivien ne s’en écarte pas, car « si la Bolivie ne vend pas son gaz, elle ne pourra pas mener à bien ses réformes ». En d’autres termes, de la normalisation de ses relations avec le Chili dépend son degré d’intégration à l’axe politique de l’alternative bolivarienne qui se dessine actuellement en Amérique Latine.

Si la question de l’accès à la mer a toujours une portée symbolique en Bolivie, où le nationalisme est épidermique, et le sentiment à l’égard du Chili, complexe, elle s’insère aujourd’hui très clairement dans les nouvelles ambitions géopolitiques d’un petit pays qui s’impose en Amérique Latine, et qui se voit donc contraint au pragmatisme. Un pragmatisme de plus en plus affirmé que la récente déclaration du vice-chancelier ne saurait remettre en question.

Jean-Louis Missika: de l’autre côté du miroir


« J’ai conscience d’avoir franchi un pas ». Jean-Louis Missika, personnage aux multiples casquettes, au carrefour de la sociologie, des médias, des sondages, et du conseil, a toujours mené beaucoup de combats. Mais c’est dans les joutes intellectuelles qu’il s’est à chaque fois fait un nom. L’engagement politique local à 56 ans : on ne l’attendait pas là.Pourtant c’est une décision qu’il assume et revendique avec fierté. Éligible sur la liste socialiste du 12e arrondissement de Paris menée par le maire sortant Michèle Blumenthal, il a fait le choix de l’aventure municipale aux côtés de son ami Bertrand Delanoë.

Pourquoi maintenant ? « C’est un concours de circonstances » explique-t-il. « Bertrand Delanoë m’a proposé d’être une personnalité dite d’ouverture dans l’un des arrondissements de Paris, et j’ai accepté. C’est bien tombé. J’étais en situation de pouvoir dire oui car j’avais plus de disponibilité qu’à d’autres moments de ma carrière. » Passé du statut de chef d’entreprise à celui, moins prenant, de consultant indépendant, après avoir revendu JLM Conseil, sa société de conseil en stratégie médias et en communication, Jean-Louis Missika estime avoir plus de temps que jamais. Au plan politique comme au plan personnel. « J’ai l’avantage de l’inconvénient de l’âge », ironise-t-il.

Un concours de circonstances donc, mais pas un hasard pour autant. La politique l’a toujours intéressé. Et son engagement à gauche est ancien. Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences-Po, l’a rencontré dans les années 1970, alors que tous deux faisaient leurs débuts comme maîtres de conférence à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Il se souvient de sa « passion de la politique ». Compagnon de route rocardien, il était proche de ce qu’on appelait alors la « deuxième gauche ». D’où son engagement auprès de Michel Rocard à Matignon, en tant que directeur de son Service d’information et de diffusion (SID) de 1988 à 1991.

Mais son militantisme reste celui d’un intellectuel : « Il n’a jamais été un encarté, ni un militant de terrain », concède l’économiste. Sa coopération avec la CFDT dans les années 1980 est celle de l’analyste. Qui contribue par l’écriture et le diagnostic social à la réflexion politique. Deux livres en sont le résultat : Le tertiaire éclaté et Les dégâts du progrès, les travailleurs face au changement technique. Des contributions d’expert engagé plus que d’homme politique.

Car si la politique l’intéresse, c’est avant tout comme objet d’étude. Tout particulièrement dans sa relation avec les médias. En témoigne sa bibliographie. Que ce soit dans La Folle du Logis, ou dans La fin de la télévision, le sociologue des médias aime à décortiquer les liens que ceux-ci entretiennent avec le politique. Une gymnastique intellectuelle qu’il enseigne d’ailleurs à Sciences-Po. La stratégie politique, il connaît. « Quand je ne la faisais pas, je l’analysais ». Mais le passage de la critique à la pratique est loin d’être évident.

D’ailleurs, c’est plutôt comme analyste des médias et de la politique qu’il se ressent encore aujourd’hui. Et si cet engagement consiste bel et bien à « franchir la ligne invisible entre analyste et homme d’action », il ne s’agit pas pour autant du début d’une carrière politique pour Jean-Louis Missika. « Je ne suis pas en train de me lancer politiquement. Se présenter au niveau local, c’est plutôt un acte citoyen ». Car le licencié de philosophie entend contribuer à la vie de la Cité.

Dans les domaines qu’il connaît le mieux : les nouvelles technologies, leur économie, et l’innovation. Après avoir travaillé en tant qu’homme de communication sur la campagne de Delanoë en 2001, c’est persuadé de la nécessité pour Paris de ne pas rater le « virage numérique » qu’il reste en contact avec celui-ci.Un intérêt pour les nouvelles technologies et leur impact social qui n’est pas nouveau. Alors qu’il était étudiant de troisième cycle en sociologie, dans les années 1970, le choix de la sociologie de l’innovation s’impose à lui. Pour des raisons pratiques : se spécialiser dans ce domaine, c’est échapper aux débats à forte connotation marxiste qui entourent la sociologie des classes sociales. Mais par fascination précoce aussi. En 1995, alors qu’il est patron de l’institut de sondage BVA, il prend contact avec Rafi Haladjian, jeune entrepreneur du Web qui vient de créer FranceNet, tout premier opérateur Internet en France. Et travaille avec lui sur WebScan, un programme de mesure des audiences sur Internet. Puis, la création de sa société de conseil en 1998 est une prolongation de son intérêt pour les technologies du Web. JLM Conseil accompagne les investissements de nombreux clients pendant la bulle Internet. « Je fais partie de ces gens -rares- qui s’intéressent et suivent le monde numérique depuis 1990 », affirme-t-il avec quelque fierté. La fierté de celui qui a pressenti la révolution.

Et qui y a participé. Non content d’être enseignant à Sciences-Po et consultant indépendant, Jean-Louis Missika siège aux conseils d’administration de nombreuses sociétés qui travaillent dans le domaine des nouvelles technologies (Free, Skyrock et Modelabs, entre autres), et opère personnellement comme business angel pour des jeunes pousses qui tentent d’innover dans le domaine de l’Internet et des télécoms. « Aider de jeunes gens à prendre des risques tout en sachant les mesurer » : un hobby qui, selon lui, correspond bien à son engagement politique actuel. « J’ai le sentiment très fort que la capacité qu’aura Paris de rester une ville de niveau mondial dépendra de sa capacité à être présente sur ces nouveaux marchés ».

Un défi donc : l’innovation. Ses grands yeux bleus pétillent : là est son moteur politique. Arrivé à Paris à l’âge de deux ans, ce Juif d’origine algérienne a vécu dans nombre d’arrondissements de la capitale. Et se sent partout chez lui. Si son engagement dans le 12e est réel, son ambition, elle, est Parisienne. « Il faut bâtir de grands projets, combiner formation de haut niveau et recherche, pour que nos enfants et petits-enfants puissent vivre et grandir à Paris ». En d’autres mots, construire l’avenir.

Il le reconnaît, l’aspect quotidien de la politique locale n’est pas son ambition. « Je n’ai pas vocation à traiter de la vie quotidienne » concède-t-il. « Dans une équipe municipale, il y a deux catégories : ceux qui sont là pour écouter les problèmes concrets des gens, et ceux qui sont là pour penser l’avenir ». Sans conteste, c’est plutôt à la seconde qu’il appartient. De quoi dérouter quelque peu certains militants socialistes du 12e arrondissement. Selon Tristan Aureau, « si sa connaissance des médias peut contribuer à améliorer la communication de la mairie, sa méconnaissance des dossiers de politique locale ne correspond pas aux attentes de l’électorat ».

Pourtant, Jean-Louis Missika s’explique très clairement le choix de Bertrand Delanoë de l’avoir placé dans le 12e. « Le 12e est un arrondissement très stratégique pour Paris, car il est très peuplé, et assez équilibré entre la droite et la gauche ». Et l’aspect emblématique du 12e tient aussi à la composition de la liste UMP que les socialistes ont à affronter. « L’UMP a la mauvaise habitude d’y mettre des people. Aux législatives de 2007, c’était Arno Klarsfeld. Là, ils récidivent avec Cavada et Lagarde ». D’où peut-être la nécessité de mettre un spécialiste de l’analyse des stratégies politiques de l’autre côté. « Je ne suis pas un people » se défend Jean-Louis Missika, souvent décrit comme l’atout « chic et parisien » de Delanoë dans le 12e. « Quand je passe à la télé, c’est en tant qu’expert, et non pas pour faire le pitre dans des talks-shows ».

« Je crois au travail, et je crois que l’intelligence ne se décrète pas. Il faut bosser ». Et pour lui aujourd’hui, cela signifie apprendre à se salir les mains. « L’analyste adopte le point de vue de Sirius. Je me rends compte que c’est plus facile de commenter a posteriori une stratégie politique que de réellement mener une campagne ». Son principal point faible, il le connaît. « Les électeurs se placent en consommateurs de politique, et sont extrêmement exigeants. Cette forme de consumérisme est un peu troublante. Et impose d’être à l’écoute des préoccupations quotidiennes des gens. Et parce que j’ai plutôt fréquenté des milieux d’experts, c’est quelque chose que je ne sais pas faire ». Faire le pont n’est pas chose facile. Mais il prend ces activités au sérieux. « Il y a des fondamentaux en politique : les réunions d’appartements, les rencontres dans les cafés, le tractage sur les marchés, etc. » Autant de fondamentaux qu’il lui reste à apprendre.

En attendant, le politique qu’il a décidé d’être n’a rien à apprendre en matière de communication. « Je crois qu’on a un temps d’avance » glisse-t-il, un sourire en coin. Pas facile d’échapper aux stratégies qu’on a passé sa vie à décortiquer.