Archives de Catégorie: amérique latine

Time to negotiate

Manuel Marulanda
Time has come. On May 25th, Manuel Marulanda, legendary founder of the Revolutionary Armed Forces of Colombia (FARC), was confirmed dead by members of his movement. For the Colombian government, this is a historical opportunity that should not be underrated.

Having spent more than forty years at the head of this Marxist guerillas quickly converted to drug trafficking and hostage taking, Manuel Marulanda, alias “Tirofijo” (“Sureshot”), was the movement’s spinal column. With his death, the movement loses both its historical legitimization and its main unifying force.

And Marulanda’s death could not have happened at a better time. In the past months, the FARC suffered many setbacks. On March 1st, Raul Reyes, spokesman of the organization was killed in Ecuador by the Colombian army. Only a week later, Ivan Rios, another FARC commander, was assassinated by one of his personal guards. And more recently, on May 18th, Karina, a colorful FARC leader, surrendered. Marulanda’s passing might not sound the guerilla’s death knell, but it creates a unique opportunity for the Colombian government to pressure an already diminished organization into negotiation.

Over the years, the FARC’s popularity has indeed plummeted. The numbers speak for themselves: while the rebel army enjoyed almost 20 000 inductees in the 1990s, its troops now barely reach 9 000 people.

Of course, this should not prevent the Colombian government from showing its willing to find a negotiated solution to the conflict. It might be true that “(the government) (is) in the process of winning the war”, as the Colombian minister of defense maintained on Sunday, but time has come for the Colombian officials to be more humble, and to play low profile, for such an opportunity might never turn up again. Alvaro Uribe must let aside his traditional hard-line rhetoric, and adopt a tone that will be conducive to genuine dialog with the rebels. The lives of the guerillas’ 700 or so hostages are at stake. More so, the national unity and democratic stability of a country gangrenous with ever-present violence is at stake.

The arrival at the head of the FARC of the moderate Alfonso Cana will sure help. He indeed played a crucial role in the piece negotiations held in 1991 in Caracas, Venezuela, and in 1992 in Tlaxcala, Mexico. But to get the rebels to lay down their arms and to release their hostages will take more than just good will.

Sermonizers will shout that the president shouldn’t change his political stance after six years of fierce fighting against a guerilla that is now regarded as a terrorist group. They have a point. But the FARC are so weakened that they will have to listen to Colombia’s rules. Such a chance might be a once in a lifetime opportunity for the country. Renounce to it on the ground of moral principles would be a shame.

Mr. Uribe already declared that he was open to using a $100 million fund to compensate the guerilleros who would demobilize and set free hostages. He further promised them the exile in France. Good for him. But that might not be enough. Further proposals are needed, and Uribe shouldn’t be embarrassed to finally favor national reconciliation over pride.

« C’est un problème boliviano bolivien »

Le 4 mai 2008, un référendum sur l’autonomie de la région de Santa Cruz, en Bolivie, a été approuvé à hauteur de 86% des voix. Un revers sans précédent pour le président Evo Morales, qui a immédiatement nié la validité de ce référendum. Éclairage avec Laurent Lacroix, spécialiste de la Bolivie et chercheur à l’Institut de hautes études internationales et de développement.


Comment faut-il interpréter ce scrutin ?
Ce mouvement régionaliste doit à mon avis être interprété à travers le prisme économique. C’est la question de la distribution des ressources naturelles et des richesses qui est en jeu dans le statut d’autonomie voté début mai à Santa Cruz. Historiquement, cette région a toujours été marginalisée, malgré son fort potentiel économique. C’est pourquoi ses habitants revendiquent une décentralisation plus approfondie que les autres régions boliviennes.

Les journaux boliviens ont affirmé que ce scrutin signait l’acte de naissance d’une nouvelle carte politique nationale. S’agit-il vraiment d’une crise sans précédent pour le pouvoir central bolivien ?
C’est un scénario relativement inédit. Cela dit, on exagère l’importance de ce référendum. En effet, il est illégal au niveau national, et il n’est pas reconnu par la communauté internationale. En réalité, ce référendum va surtout servir à négocier le contenu d’une loi en préparation dans la nouvelle Constitution bolivienne, relative aux autonomies des régions. Cette loi reste pour l’instant très floue. Personne ne sait ce qu’elle signifie, pas même dans les ministères. Mais il ne faut pas croire que ce scrutin met à jour un conflit frontal entre Santa Cruz et le gouvernement central. En effet, l’une des options contemplées par le mouvement autonomiste est l’instauration d’une structure fédérale en Bolivie.

Les gouverneurs de Tarija, Beni et Pando prévoient pourtant d’organiser des référendums similaires en juin. Ne doit-on pas craindre une balkanisation de la Bolivie ?
Je ne crois pas. D’abord, derrière le terme de balkanisation, il y a une dimension ethnique, nationaliste. Or cette dimension n’est absolument pas un enjeu en Bolivie. Même si quelques leaders autonomistes revendiquent une identité cruzénienne, le mouvement autonomiste est avant tout régional. Par ailleurs, Santa Cruz n’a aucun intérêt à gagner son indépendance. En effet, indépendante, la région de Santa Cruz ne serait pas reconnue par la communauté internationale et elle serait rapidement absorbée par le Brésil, qui attend la moindre occasion pour étendre sa sphère d’influence dans la région. J’ai assisté à plusieurs manifestations autonomistes à Santa Cruz et le drapeau bolivien y est toujours brandi à côté du drapeau cruzénien. Ce n’est pas un hasard. Le problème des autonomies reste essentiellement boliviano bolivien.

Que peut-on attendre du référendum révocatoire qui doit avoir lieu en août ?
Evo Morales commence à percevoir l’enjeu de ce référendum révocatoire. En effet, le « oui » l’emportera sans aucun doute lors des référendums autonomistes de Tarija, Beni et Pando. Et une fois les résultats de ces votes connus, une baisse de soutien populaire au président est prévisible. Mais si ce référendum est un enjeu de taille pour Evo Morales, il l’est aussi pour l’opposition. Celle-ci craint en effet qu’un tel scrutin ne vienne relativiser les résultats des référendums autonomistes. Dans les deux camps, c’est donc l’expectative, et faute de mieux, les discussions tournent pour l’instant autour des dates auxquelles se dérouleront ces quatre référendums.

Vers un rapprochement des frères ennemis d’Amérique Latine

Le contentieux frontalier séculaire qui oppose la Bolivie et le Chili a des airs de nœud gordien. Sa complexité se manifeste par des allers-retours diplomatiques des plus opaques. En juillet 2007, le consul bolivien au Chili est révoqué pour avoir laissé entendre que la Bolivie est « proche de la mer ». Pourtant, un mois plus tard, le ministre bolivien des Affaires Etrangères David Choquehuanca déclare que « la Bolivie se trouve plus près que jamais d’atteindre son aspiration de retour aux côtes de l’Océan Pacifique ». Et en janvier 2008, le vice-chancelier bolivien Hugo Fernandez évoque la possibilité pour la Bolivie de porter sa revendication historique d’ « accès à la mer » devant la Cour Internationale de justice de La Haye. De quoi perdre ses repères. Si repères il y a.

Car les relations entre les deux pays ont toujours été hoquetantes. Ou presque. C’est depuis la Guerre du Pacifique, conflit de nature fiscale qui opposa la Bolivie et le Pérou au Chili de 1879 à 1884, que le bât blesse entre les deux nations. Le traité de paix de 1904 prive en effet la Bolivie d’un territoire de quelque 120.000 km2 doté d’une fenêtre de 400 Km de long sur le littoral. Une perte « à perpétuité » qui fait de ce petit pays andin le seul Etat enclavé d’Amérique Latine, avec le Paraguay. Et qui conduit certains observateurs, à l’instar du géographe espagnol Alagrida (1919), à considérer la Bolivie comme une « absurdité géographique ».

Depuis, la question de la « méditerranéité » bolivienne revient sans cesse dans les discours de politique extérieure boliviens. Une politique extérieure souvent hasardeuse dont la revendication maritime est d’ailleurs la seule constante. « La mer nous appartient de droit, la récupérer est un devoir ». Une phrase aux accents guerriers qui comme le raconte l’anthropologue vénézuélienne Elizabeth Burgos, habille toutes les casernes du pays, ainsi que les papiers en tête officiels.
Pourtant, la Bolivie n’est pas véritablement enclavée. Elle jouit d’un accès à la mer à travers les ports chiliens d’Arica et d’Antofagasta, et ce depuis 1904. Mais si les Boliviens peuvent atteindre l’océan Pacifique via un corridor, c’est un accès souverain qui leur fait défaut. D’où une revendication hautement symbolique. Celle de pouvoir planter leur drapeau. Et sur ce point sensible, Bolivie comme Chili sont prisonniers de leur opinion publique. Pour les Chiliens, la rétrocession d’une souveraineté sur la côte à la Bolivie est impensable, car elle couperait leur territoire en deux. Et pour les Boliviens, la récupération de cette souveraineté est indispensable pour pouvoir enfin rattraper leur retard économique, en développant un commerce maritime qui échappe aux aléas de la politique chilienne (hausse des taxes, privatisation des ports…). Depuis 1978 et les échecs successifs des négociations bilatérales sur la question d’accès à la mer, les relations diplomatiques entre les deux pays sont donc rompues.

Dans un pays très fragmenté politiquement comme la Bolivie, la revendication maritime, expression d’un patriotisme blessé, est un unificateur efficace. La guerre du gaz et la chute du président Gonzalo Sanchez de Lozada en octobre 2003 en est le plus parfait exemple. Suite aux pressions populaires, il est contraint de démissionner. Sa faute ? Avoir voulu développer les exportations de gaz bolivien vers le Mexique et les Etats-Unis via le Chili.

Pourtant, la question maritime semble avoir pris un tour plus pragmatique depuis quelques années. Car la Bolivie et le Chili ont besoin l’un de l’autre. Le Chili a besoin du gaz et du pétrole boliviens, et la Bolivie a besoin de passer par le territoire chilien pour exporter ses ressources énergétiques, notamment vers les pays d’Asie. L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales en Bolivie, et de Michelle Bachelet au Chili en 2006, marque une reprise de contact formelle entre les deux pays. Pour la Bolivie, il s’agit d’acquérir un rôle commercial de premier ordre en Amérique Latine. Et pour le Chili, il s’agit de favoriser un climat de confiance avec ses voisins pour mieux s’intégrer régionalement. La normalisation des relations entre les deux pays se concrétise en juillet 2006, avec la signature d’un agenda bilatéral en 12 points. Agenda dans lequel le thème maritime figure explicitement. M. Bachelet y envisage l’amélioration des termes d’accès bolivien à la mer, et E. Morales l’exportation de gaz vers le Chili.

Il faut dire que pour la Bolivie, il ne s’agit pas seulement de pragmatisme, mais bel et bien d’un impératif politique. De ce pragmatisme au niveau international dépend en effet la validité du discours révolutionnaire d’E. Morales au niveau national. Comme le rappelle judicieusement Laurent Lacroix, spécialiste de la Bolivie et chercheur à l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID) à Genève, « la construction révolutionnaire de Chavez au Venezuela se fait sur la rente pétrolière ». Et le modèle bolivien ne s’en écarte pas, car « si la Bolivie ne vend pas son gaz, elle ne pourra pas mener à bien ses réformes ». En d’autres termes, de la normalisation de ses relations avec le Chili dépend son degré d’intégration à l’axe politique de l’alternative bolivarienne qui se dessine actuellement en Amérique Latine.

Si la question de l’accès à la mer a toujours une portée symbolique en Bolivie, où le nationalisme est épidermique, et le sentiment à l’égard du Chili, complexe, elle s’insère aujourd’hui très clairement dans les nouvelles ambitions géopolitiques d’un petit pays qui s’impose en Amérique Latine, et qui se voit donc contraint au pragmatisme. Un pragmatisme de plus en plus affirmé que la récente déclaration du vice-chancelier ne saurait remettre en question.

« Ce n’est pas encore la fin de Chavez »

Frédérique Langue
Le 2 décembre, 50,7% des votants vénézuéliens ont désavoué le projet de réforme constitutionnelle d’Hugo Chavez. En neuf ans de présidence, il s’agit là du premier échec dans les urnes du chef d’Etat vénézuélien. Eclairage avec Frédérique Langue, chercheur au CNRS.


Quelle lecture politique peut-on faire de ce revers électoral?


Je souscris à ce mot de « revers » car il ne faut pas surestimer la défaite d’Hugo Chavez. C’est ce que les médias ont eu tendance à faire, évoquant une « catastrophe », ou un « séisme ». Une telle interprétation n’a aucun sens car cette consultation n’avait pas d’enjeu politique véritable. Chavez avait fait de ce référendum un plébiscite, et en ce sens il constituait un enjeu personnel certain, mais rien de plus. Avec ou sans l’approbation populaire, Hugo Chavez pourra mener à son terme sa réforme constitutionnelle, et ce pour deux raisons très simples. Tout d’abord, il restera au pouvoir jusqu’en 2013. D’autre part, l’Assemblée nationale, d’où l’opposition est absente du fait de son boycottage d’élections législatives jugées frauduleuses, lui a conféré les pleins pouvoirs au début de l’année.


Chavez va-t-il donc imposer sa réforme malgré cet échec ?

Avec une Assemblée nationale Roja Rojita, Hugo Chavez peut faire ce qu’il veut, et il continuera sans aucun doute sa réforme. Il n’y a que trois points qu’il ne pourra pas régler rapidement compte tenu de ce camouflet : sa réélection indéfinie, le contrôle de la Banque centrale, et son projet de prolongation du délai de suspension des garanties institutionnelles en cas de situation grave pour le pays. Mais ce sont bien les trois seuls points sur lesquels il va enregistrer du retard quant à son projet global d’instauration du socialisme du 21ème siècle.


Comment interpréter le fort taux d’abstention observé lors de ce référendum?

Ce n’est pas tant le taux d’abstention, que sa sociologie, qui est la grande nouveauté de ce scrutin. L’abstention a été substantielle, de l’ordre de 44%, mais il faut savoir qu’il y a au Vénézuéla une abstention structurelle supérieure à 30% depuis les années 1990. Cette fois-ci en revanche, l’abstention, qui est normalement l’apanage de l’opposition, s’est déplacée vers des partisans de Chavez, que l’on pourrait qualifier de « chavistes critiques ». Lorsqu’il a reconnu son revers, Chavez a déclaré que les abstentionnistes n’avaient pas voté contre lui. Et je crois qu’il a tout à fait raison sur ce point. Une partie de l’électorat chaviste a des doutes. Mais ce serait un contresens de dire qu’il s’agit là d’une victoire de l’opposition.

Chavez avait-il dès lors raison de qualifier ces résultats de « victoire de merde » pour l’opposition ?


Evidemment, je ne m’exprimerais pas en ces termes. Cependant, à l’instar de Chavez, je ne considère pas que ces résultats témoignent d’une victoire de l’opposition. Il faut voir la réalité en face. Celle-ci est toujours sans leader, inexistante, impuissante. En bref, sauf rares exceptions, elle n’a toujours rien compris. Les seuls réels acteurs politiques en dehors du spectre du chavisme sont le mouvement étudiant et l’armée, qui reste fortement constitutionnaliste. Et la mouvance estudiantine renvoie à l’inefficacité de l’opposition. Pourquoi des jeunes d’une vingtaine d’années ont-ils réussi à se poser en interlocuteurs du chef de l’Etat et de son gouvernement quand, dans le camp d’en face, des gens soit-disant préparés du point de vue politique et académique n’ont pas été capables de jouer le même rôle ?

Ce n’est donc pas la fin du chavisme…

Pas à court terme. Hugo Chavez est un leader charismatique et un stratège. Une partie de son électorat n’est pas convaincue, mais il conserve un noyau extrêmement important de partisans. Ce n’est pas encore la fin de Chavez. D’autant moins que les résultats de ce référendum redorent son image à l’international, et cassent l’un des principaux arguments de l’opposition, qui hurle au dictateur depuis des années. On n’a jamais vu un dictateur accepter un revers électoral de la sorte. S’il est indéniable qu’il existe une dérive autoritaire dans le régime chaviste, je ne pense pas qu’on puisse le qualifier de dictature, et ce référendum le confirme.