McCain : l’anti-Bush

McCain
Alors que du côté démocrate, la guerre fratricide qui oppose Hillary Clinton à Barack Obama bat son plein, les primaires semblent bien calmes chez les républicains. Pourtant, le candidat John McCain mène actuellement sa propre guerre interne. Un objectif : se distancier de la politique de son prédécesseur, Georges W. Bush, et s’affirmer comme un véritable « réformateur ». Avec une cote de popularité en berne, le futur ex-président des Etats-Unis est en effet devenu le principal talon d’Achille du candidat républicain. D’oppositions en singularisations, John McCain tente donc de démontrer que, contrairement à ce qu’avance son principal adversaire Barack Obama : « (Il ne) propose (pas) un troisième mandat Bush ».

Mais John McCain est-il réellement un anti-Bush, comme il tente d’en convaincre électeurs et médias ? Sans conteste, le sénateur de l’Arizona est le candidat le plus à gauche de son parti depuis 1948. Certains estiment même qu’il n’a de républicain que le nom. Mais il s’agit là d’un jugement hâtif. Quand en 2004, le candidat démocrate John Kerry lui propose de rejoindre ses troupes, John McCain refuse, et soutient la candidature du président sortant Georges W. Bush. Icône du patriotisme américain, John McCain est porteur des valeurs traditionnelles du parti. Défense du libéralisme économique, de la peine de mort, et du port d’armes à feu, opposition à l’avortement et au mariage entre homosexuels, il a tout du candidat républicain modèle. Pour autant, au sein de son parti, il se démarque très clairement de la ligne ultraconservatrice adoptée par son adversaire des primaires de 2000.

Né le 29 août 1936 dans une base militaire de la zone du canal de Panama, John McCain est un militaire avant tout. Fils et petit-fils d’amiraux, il intègre l’Académie navale américaine en 1958, puis devient pilote de l’US Navy. Mais il n’est pas n’importe quel vétéran de la marine américaine. Réduit en captivité dans les geôles communistes vietnamiennes de 1967 à 1973, John McCain connaît la torture. Un passé de héros du Vietnam qui lui permet de se démarquer de l’administration sortante sur les questions militaires. S’il soutient la guerre en Irak et s’oppose au retrait des troupes américaines, il n’hésite pas à dénoncer à la télévision les scandales de Guantanamo et d’Abou Ghraib. Et campagne faisant, il se démarque encore un peu plus de la gestion par l’administration Bush du conflit en Irak. C’est ainsi qu’il profite de la cérémonie du « Mémorial Day » lundi 26 mai pour déclarer à la Maison-Blanche, devant des centaines de vétérans : « (C’est) la mort dans l’âme (que je songe aux erreurs stratégiques commises dans ce conflit qui en est à sa sixième année) ».

Et le front militaire est loin d’être son unique point d’achoppement avec la politique menée par le président sortant. Non content de critiquer la gestion de la guerre en Irak, il condamne, en 2005, « la manière désastreuse et honteuse dont (la catastrophe du cyclone Katrina) a été gérée ». Aujourd’hui, c’est sur des dossiers aussi variés que le réchauffement climatique, l’unilatéralisme, ou encore la réduction des armements nucléaires à l’échelle mondiale qu’il s’attaque à la politique de Bush. Stratégie de campagne ? Sans aucun doute. Son ami de longue date et conseiller en communication Mike Murphy, en visite chez lui en Virginie, lui aurait lui-même recommandé la distance.

Cependant, ce positionnement, très à gauche de l’administration sortante, n’est pas pour John McCain un simple outil électoral. Il a en effet toujours joui d’une image de franc-tireur au sein du parti républicain. Élu pour la première fois à la Chambre des représentants en 1982, il remporte son premier mandat de sénateur en 1986. Et depuis, il ne cesse de s’affirmer comme un homme politique indépendant, aux convictions jamais dictées par son parti. Il est ainsi l’un des rares à s’être opposé aux baisses d’impôts prônées par George W. Bush. Et il fait figure d’ovni dans les rangs républicains en soutenant un projet de loi qui aurait permis à certains immigrés clandestins d’acquérir la nationalité américaine.

Si une opposition frontale avec le président sortant est pour lui hors de propos, en raison de problèmes évidents de financement, John McCain apparaît bel et bien comme le candidat de la rupture et de la continuité. Rupture avec la politique de l’administration Bush, continuité avec le parti républicain. Son opposition à Bush est d’ailleurs en elle-même le signe de l’appartenance harmonieuse de John McCain au camp républicain. Le parti républicain cherche en effet à se démarquer de celui qui a plongé le parti dans une crise de confiance, « l(a) pire depuis le Watergate », selon les mots de Tom Davis, député de Virginie.

Mais il y a un point sur lequel John McCain ne peut se démarquer de Georges W. Bush : son âge. À presque 72 ans, le candidat républicain deviendrait, s’il l’emportait face à son adversaire démocrate, le plus vieux président jamais élu pour un premier mandat. En cela, John McCain est avant tout un anti-Obama.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s