« Ce n’est pas encore la fin de Chavez »

Frédérique Langue
Le 2 décembre, 50,7% des votants vénézuéliens ont désavoué le projet de réforme constitutionnelle d’Hugo Chavez. En neuf ans de présidence, il s’agit là du premier échec dans les urnes du chef d’Etat vénézuélien. Eclairage avec Frédérique Langue, chercheur au CNRS.


Quelle lecture politique peut-on faire de ce revers électoral?


Je souscris à ce mot de « revers » car il ne faut pas surestimer la défaite d’Hugo Chavez. C’est ce que les médias ont eu tendance à faire, évoquant une « catastrophe », ou un « séisme ». Une telle interprétation n’a aucun sens car cette consultation n’avait pas d’enjeu politique véritable. Chavez avait fait de ce référendum un plébiscite, et en ce sens il constituait un enjeu personnel certain, mais rien de plus. Avec ou sans l’approbation populaire, Hugo Chavez pourra mener à son terme sa réforme constitutionnelle, et ce pour deux raisons très simples. Tout d’abord, il restera au pouvoir jusqu’en 2013. D’autre part, l’Assemblée nationale, d’où l’opposition est absente du fait de son boycottage d’élections législatives jugées frauduleuses, lui a conféré les pleins pouvoirs au début de l’année.


Chavez va-t-il donc imposer sa réforme malgré cet échec ?

Avec une Assemblée nationale Roja Rojita, Hugo Chavez peut faire ce qu’il veut, et il continuera sans aucun doute sa réforme. Il n’y a que trois points qu’il ne pourra pas régler rapidement compte tenu de ce camouflet : sa réélection indéfinie, le contrôle de la Banque centrale, et son projet de prolongation du délai de suspension des garanties institutionnelles en cas de situation grave pour le pays. Mais ce sont bien les trois seuls points sur lesquels il va enregistrer du retard quant à son projet global d’instauration du socialisme du 21ème siècle.


Comment interpréter le fort taux d’abstention observé lors de ce référendum?

Ce n’est pas tant le taux d’abstention, que sa sociologie, qui est la grande nouveauté de ce scrutin. L’abstention a été substantielle, de l’ordre de 44%, mais il faut savoir qu’il y a au Vénézuéla une abstention structurelle supérieure à 30% depuis les années 1990. Cette fois-ci en revanche, l’abstention, qui est normalement l’apanage de l’opposition, s’est déplacée vers des partisans de Chavez, que l’on pourrait qualifier de « chavistes critiques ». Lorsqu’il a reconnu son revers, Chavez a déclaré que les abstentionnistes n’avaient pas voté contre lui. Et je crois qu’il a tout à fait raison sur ce point. Une partie de l’électorat chaviste a des doutes. Mais ce serait un contresens de dire qu’il s’agit là d’une victoire de l’opposition.

Chavez avait-il dès lors raison de qualifier ces résultats de « victoire de merde » pour l’opposition ?


Evidemment, je ne m’exprimerais pas en ces termes. Cependant, à l’instar de Chavez, je ne considère pas que ces résultats témoignent d’une victoire de l’opposition. Il faut voir la réalité en face. Celle-ci est toujours sans leader, inexistante, impuissante. En bref, sauf rares exceptions, elle n’a toujours rien compris. Les seuls réels acteurs politiques en dehors du spectre du chavisme sont le mouvement étudiant et l’armée, qui reste fortement constitutionnaliste. Et la mouvance estudiantine renvoie à l’inefficacité de l’opposition. Pourquoi des jeunes d’une vingtaine d’années ont-ils réussi à se poser en interlocuteurs du chef de l’Etat et de son gouvernement quand, dans le camp d’en face, des gens soit-disant préparés du point de vue politique et académique n’ont pas été capables de jouer le même rôle ?

Ce n’est donc pas la fin du chavisme…

Pas à court terme. Hugo Chavez est un leader charismatique et un stratège. Une partie de son électorat n’est pas convaincue, mais il conserve un noyau extrêmement important de partisans. Ce n’est pas encore la fin de Chavez. D’autant moins que les résultats de ce référendum redorent son image à l’international, et cassent l’un des principaux arguments de l’opposition, qui hurle au dictateur depuis des années. On n’a jamais vu un dictateur accepter un revers électoral de la sorte. S’il est indéniable qu’il existe une dérive autoritaire dans le régime chaviste, je ne pense pas qu’on puisse le qualifier de dictature, et ce référendum le confirme.

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